Le mal de mer : Comprendre pour prévenir

La « cinétose », ou mal des transports, est l’ensemble des troubles provoqués chez certains sujets par un voyage en bateau, en voiture, en train, en avion. C’est une affection fréquente qui touche de façon chronique plus de 3 millions de français. Une personne sur trois développe, au moins une fois dans sa vie, les symptômes d’une cinétose. Seuls 5% des marins ne sont jamais malades

sea sick mal de mer

Les nouveau-nés et les personnes âgées sont moins souvent atteints.Les femmes sont plus sensibles que les hommes : 80% vs 58 %. L’incidence du mal des transports est variable : en voiture elle est de 3 à 5 %. Elle est plus élevée en mer : de 25 à 30 %. Elle varie en fonction de la taille du bateau, de l’état de la mer et de la durée de la traversée. Il n’y a pas de cinétose à cheval, mais elle est possible à dos de chameau ou d’éléphant. Le mal de l’espace touche 50 à 60 % des astronautes. L’utilisation d’antinaupathiques en mission spatiale est systématique. De nombreuses espèces animales partagent le mal des transports avec l’homme :
le cheval, la vache, certains primates, le chien et le chat…

Trois capteurs permettent à notre cerveau de savoir notre position dans l’espace: La vue, l’oreille interne, et les sensations dans nos articulations. Les informations captées peuvent être contradictoires et entraînent alors ce mal être : le mal de mer. Par exemple, si je lis assis dans la cabine alors que le bateau bouge, ma vue intègre le livre immobile, mon oreille interne qu’il y a des mouvements. Au sein de l’oreille il existe des petits canaux  semi circulaires dans un organe en forme de coquillage . Ils sont remplis de liquide avec des capteurs cilaires sur leur parois et des petites particules en suspension (les otolithes). Ces canaux ont une répartition en trois axes et permettent d’enregistrer notre position et ainsi que  nos mouvements.

Les messages de la vue, l’oreille interne et les articulation sont intégrés dans le cerveau. Le roulis perturbe le plus cette assimilation

Vous avez fait déjà l’expérience enfant de tourner sur vous même et d’arrêter brutalement … Vous avez la sensation de continuer à tourner, pourtant vous êtes arrêté. En fait les otolithes qui  flottent dans les canaux, stimulent des cils à l’intérieur des canaux. Ceux ci envoient des influx nerveux à notre cerveau et lui donne l’indication si nous avons la tête en bas ou en haut, si nous accélérons ou pas. En cas d’arrêt brutal, les petites particules continuent  de tourner quelques temps alors que nous sommes arrêtés. Il y a un conflit d’information entre ce que nous voyons et ce qu’envoie notre oreille à notre cerveau. Cette sensation n’est pas agréable.

Oreille interne et canaux semi circulaires
Les petits cils qui tapissent l'intérieur des canaux détectent les otolithes

Quelques sources de conflits d’information en mer

La non concordance visio-vestibulaires : il y a enregistrement par les mécano-récepteurs (articulations)  sans  contrôle visuel. C’est l’exemple du marin dans la cabine sans hublot, du navigateur à la table à carte

La non concordance temporelle entre les otolithes (accélérations  linéaires) et les autres informations . La houle (mouvement vertical cyclique de faible fréquence: 0,1-0,5 Hz)

Le Changement brusque gravito-inertiel: Le mal de terre au  débarquement (arrêt brusque des stimulations cinétiques). Les mouvements les plus naupathiques sont verticaux, perpendiculaires à la ligne œil-oreille. D’où une sensibilité supérieure au tangage qu’au roulis (mouvements d’ascenseur). Les mouvements des catamarans, plus irréguliers, seraient moins naupathiques.

Quand le mal de mer s’installe et il est facile d’en reconnaître les signes. Malaise mal défini, diminution de la vigilance et de l’intérêt à l’entourage bâillements, somnolence. Puis cela s’aggrave avec pâleur, maux de tête, salivation, sueurs, l’équilibre devient instable. On observe une hypotension artérielle un pouls lent avec légère accélération de la respiration.Le plus souvent le marin s’habitue et il y a disparition des symptômes en quelques jours.

Malheureusement les choses peuvent empirer… On ressent des nausées, puis surviennent des  vomissements,  avec un soulagement initial, mais leur répétition devient infernale. Le mental s’en ressent  avec prostration, indifférence voire apathie totale. Le marin peu même avoir l’impression qu’il ne s’en sortira jamais.. Tout cela peut être accompagnés de vertiges, troubles oculomoteurs . Pour éviter cela la prévention consiste à éviter  froid,faim, fatigue, frousse.

Quelques règles de précaution...

  • Se reposer
  • Avoir des repas légers et collations (barres de céréales, fruits, gâteaux secs)  et boire régulièrement,s’habiller chaudement, regarder l’horizon
  • S’éloigner des odeurs fortes (tabac, gasoil, cuisine)
  • Ne pas lire
  • S’allonger plutôt que s’asseoir, prendre l’air, barrer
  • Se positionner près du centre de gravité, semi-couché à l’extérieur, dans une zone abritée du vent
  • Participer à la manœuvre, avoir une activité distractive (stimule la vigilance)

Les traitements du mal de mer sont préventifs

Les médicaments contre les symptômes ont tous une action sur le cerveau qui est le lieu du conflit et donc on des effets secondaires: en général, somnolence, confusion troubles de la vue….

Le mercalm , dramamine, ou nausicalm sont les plus connus.1/2 cp avant le départ

Le stugeron qui n’est pas commercialisé en France a particulièrement la cote auprès des skippers professionnel. Il appartient à la même classe de médicaments que les précédents mais aurait moins d’effets secondaires comme la somnolence.1 cp 1 heure avant le départ. Préférer la dose de 25 mg à celle de 75 mg qui peut se répartir selon les symptômes en évitant les effets secondaires

Le scopoderm est un timbre que l’on applique derrière l’oreille. Il appartient à une autre classe de médicaments mais a des effets sur la vue.Il s’applique 12 heures avant le départ.

Il est donc plus prudent de tester ses médicament avant à terre pour vérifier votre tolérance. Les autres traitements ( anti Nauséeux, réhydratation..) seront utilisés si le mal de mer est installé, mais avec peu d’efficacité. Le risque principal est la déshydratation. Il faudra donc au minimum, dés les nausées de s’hydrater de façon régulière avec de petites quantités pour éviter la dilatation de l’estomac ( Eau sucrée, soda en enlevant les bulles à la petite cuillère régulièrement) Les lunettes avec un niveau liquides permettent au yeux d’enregistrer les réel mouvement du bateau en adéquation avec ce que ressent votre oreille interne. Il n’y aucun effet secondaire et une efficacité à 95%. Vous aurez sans doute par contre le droit à quelques selfies moqueurs…. Enfin pour les maux de mer invalidants … La reéducation en centre spécialisé (HIA de Brest) est possible.

voilier-tempête

À retenir 

  • Le mal de mer est quasiment obligatoire pour tous à des degrés divers.
  • Sa prévention est essentielle.
  • Tenez compte des risques pour le bateau et l ’équipage selon l’état de la mer avant de partir !
  • Les traitements médicamenteux sont limités par les effets secondaires.
  • Le meilleur traitement (Stugeron) n’est pas commercialisé en France.
  • Les traitements physiologiques sont  très efficaces et à utiliser davantage.

Dr Jean-Marc Le Gac GHBS Novembre 2018

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